ATELIER D’ÉCRITURE 2 * les chemins du récit *

du 15 au 20 août 2021

Prof. Pierre Fankhauser, écrivain, traducteur, animateur d’ateliers

Donner sa forme à mon projet littéraire

 

Le travail d’écriture repose en grande partie sur l’intuition, sur la connexion avec des vérités intérieures qui n’ont souvent pas encore de mots pour exister : une grande partie de votre travail d’auteur consiste non seulement à découvrir comment reconnaître ces vérités, mais aussi à trouver les mots qui leur correspondent le mieux. En effet, chaque texte sait comment il veut être écrit : apprendre à lui tendre l’oreille est une étape fondamentale du processus créatif, mais c’est une aptitude qui s’acquiert de page en page et il faut bien commencer quelque part.

Deux approches principales sont possibles. La première est de privilégier vos personnages, de les fouiller, d’en développer leur complexité : de cette manière, vous leur faites vivre une aventure et vous la découvrez à leurs côtés et grâce à eux. Si vous choisissez la seconde, plus rationnelle, vous vous concentrez sur la construction d’une intrigue à la fois dynamique, cohérente et riche en rebondissements : vos personnages découlent de l’histoire que vous racontez. Dans la pratique, la rédaction d’un texte oscille sans arrêt entre ces deux manières d’entrer dans l’histoire.

Ouvert à toutes et à tous, cet atelier de cinq jours vous donnera l’occasion de chercher des pistes pour faire progresser votre projet littéraire en cours. Différentes propositions d’écriture vous permettront d’aborder sous un nouvel angle ces scènes que vous avez déjà écrites ou qui vous trottent dans la tête sans que vous ne sachiez encore comment les rassembler sur la page. Nous ouvrirons ensemble une série de portes sur votre texte et ce sera à vous de sentir celles qui vous seront les plus utiles pour enfin donner à ce projet qui vous habite la forme qu’il réclame depuis si longtemps.

 

Né à Lausanne en 1975, Pierre Fankhauser a suivi des études de lettres et de sciences sociales à l’UNIL. Il a ensuite travaillé en tant que journaliste culturel à L’Hebdo et comme professeur de littérature française au gymnase. Parti vivre quelques années en Argentine, il s’y consacre à l’écriture et à la traduction de romans tout en se formant à l’écriture de scénarios à l’Université de Buenos Aires. C’est à son retour en Suisse que Pierre Fankhauser publie son premier roman, Sirius (BSN Press, 2014). En 2018, son recueil poétique La Visée a reçu le prix de l’Association Tirage limité. En 2019 paraissent coup sur coup trois ouvrages chez BSN Press: Ruptures, sa deuxième traduction de l’auteur argentin Ariel Bermani, Abécédaire, sa traduction d’un recueil du poète chilien Pablo Jofré et Bergstamm, son deuxième roman autour de l’écrivain Jacques Chessex. Depuis 2016, il enseigne l’écriture créative dans le cadre d’A vrai dire, la structure qu’il a mise sur pied, ainsi qu’à l’Institut littéraire suisse de Bienne.

     

Quelques écrivains et non des moindres, se sont laissés inspirer par ces environs. Un de ces textes est d’Antoine de Saint-Exupéry. Extrait de Lettre à un otage chap. 3.

« C’était par une journée d’avant-guerre, sur les bords de la Saône, du côté de Tournus. Nous avions choisi, pour déjeuner, un restaurant dont le balcon de planches surplombait la rivière. Accoudés à une table toute simple, gravée au couteau par les clients, nous avions commandé deux Pernod. Ton médecin t’interdisait l’alcool, mais tu trichais dans les grandes occasions. C’en était une. Nous ne savions pourquoi, mais c’en était une. Ce qui nous réjouissait était plus impalpable que la qualité de la lumière. Tu avais donc décidé ce Pernod des grandes occasions. Et, comme deux mariniers, à quelques pas de nous, déchargeaient un chaland, nous avons invité les mariniers. Nous les avons hélés du haut du balcon. Et ils sont venus. Ils sont venus tout simplement. Nous avions trouvé si naturel d’inviter des copains, à cause peut-être de cette invisible fête en nous. Il était tellement évident qu’ils répondraient au signe. Nous avons donc trinqué !

Le soleil était bon. Son miel tiède baignait les peupliers de l’autre berge, et la plaine jusqu’à l’horizon. Nous étions de plus en plus gais, toujours sans connaître pourquoi. Le soleil rassurait de bien éclairer, le fleuve de couler, le repas d’être repas, les mariniers d’avoir répondu à l’appel, la servante de nous servir avec une sorte de gentillesse heureuse, comme si elle eût présidé une fête éternelle. Nous étions pleinement en paix, bien insérés à l’abri du désordre dans une civilisation définitive. Nous goûtions une sorte d’état parfait où, tous les souhaits étant exaucés, nous n’avions plus rien à nous confier. Nous nous sentions purs, droits, lumineux et indulgents. Nous n’eussions pas su dire quelle vérité nous apparaissait dans son évidence. Mais le sentiment qui nous dominait était bien celui de la certitude. D’une certitude presque orgueilleuse. »