ATELIER D’ÉCRITURE *L’épaisseur des personnages et les rouages de l’intrigue*

du 14 au 19 juillet 2019

Prof. Pierre Fankhauser, écrivain, traducteur, animateur d’ateliers 

Le travail d’écriture repose en grande partie sur l’intuition, sur la connexion avec des vérités intérieures qui n’ont souvent pas encore de mots pour exister : une grande partie de votre travail d’auteur consiste non seulement à découvrir comment reconnaître ces vérités, mais aussi de trouver les mots qui leur correspondent le mieux. C’est le travail de toute une vie, mais il faut bien commencer quelque part.

Deux approches sont possibles. La première, plus intuitive, est de privilégier vos personnages, de les fouiller, d’en développer leur complexité : de cette manière, vous allez leur faire vivre une aventure et la découvrir à leurs côtés et grâce à eux. Si vous choisissez la seconde, plus rationnelle, vous allez vous concentrer sur la construction d’une intrigue à la fois dynamique, cohérente et riche en rebondissements : vos personnages découleront de l’histoire que vous voulez raconter.

Dans la pratique, la rédaction d’un texte oscille sans arrêt entre ces deux manières d’entrer dans l’histoire. Cet atelier est par conséquent conçu comme une boîte à outils qui va tout d’abord vous donner des pistes pour donner une véritable épaisseur à vos personnages, pour les rendre tellement vivants qu’ils se mettront sans doute à vous souffler à l’oreille les principaux développements de leur aventure. Ensuite, nous nous pencherons sur les rouages de l’intrigue pour les huiler juste ce qu’il faut afin de faire disparaître ces cliquetis dérangeants qui distraient trop souvent les lecteurs.

Ouvert à toutes et à tous, cet atelier de cinq jours vous donnera l’occasion de chercher des pistes pour faire progresser votre projet en cours, si vous en avez un, ou démarrer une nouvelle aventure littéraire. Différentes propositions d’écriture vous permettront d’aborder sous un nouvel angle ces scènes que vous avez déjà écrites ou qui vous trottent dans la tête sans que vous ne sachiez comment les mettre sur la page. Nous ouvrirons ensemble une série de portes sur votre texte et ce sera à vous de sentir celles qui vous seront les plus utiles pour enfin donner une forme à ce projet qui vous habite depuis si longtemps.

Atelier animé par Pierre Fankhauser, auteur de Sirius (roman paru chez BSN Press), traducteur de Veneno (roman de l’auteur argentin Ariel Bermani, paru chez BSN Press), animateur d’ateliers d’écriture et de rencontres littéraires, enseignant à l’Institut littéraire suisse et conseiller en écriture pour Désir d’écrire.

Son site : www.avraidire.ch

     

 

Quelques écrivains et non des moindres, se sont laissés inspirer par ces environs. Un de ces textes est d’Antoine de Saint-Exupéry. Extrait de Lettre à un otage chap. 3.

« C’était par une journée d’avant-guerre, sur les bords de la Saône, du côté de Tournus. Nous avions choisi, pour déjeuner, un restaurant dont le balcon de planches surplombait la rivière. Accoudés à une table toute simple, gravée au couteau par les clients, nous avions commandé deux Pernod. Ton médecin t’interdisait l’alcool, mais tu trichais dans les grandes occasions. C’en était une. Nous ne savions pourquoi, mais c’en était une. Ce qui nous réjouissait était plus impalpable que la qualité de la lumière. Tu avais donc décidé ce Pernod des grandes occasions. Et, comme deux mariniers, à quelques pas de nous, déchargeaient un chaland, nous avons invité les mariniers. Nous les avons hélés du haut du balcon. Et ils sont venus. Ils sont venus tout simplement. Nous avions trouvé si naturel d’inviter des copains, à cause peut-être de cette invisible fête en nous. Il était tellement évident qu’ils répondraient au signe. Nous avons donc trinqué !

Le soleil était bon. Son miel tiède baignait les peupliers de l’autre berge, et la plaine jusqu’à l’horizon. Nous étions de plus en plus gais, toujours sans connaître pourquoi. Le soleil rassurait de bien éclairer, le fleuve de couler, le repas d’être repas, les mariniers d’avoir répondu à l’appel, la servante de nous servir avec une sorte de gentillesse heureuse, comme si elle eût présidé une fête éternelle. Nous étions pleinement en paix, bien insérés à l’abri du désordre dans une civilisation définitive. Nous goûtions une sorte d’état parfait où, tous les souhaits étant exaucés, nous n’avions plus rien à nous confier. Nous nous sentions purs, droits, lumineux et indulgents. Nous n’eussions pas su dire quelle vérité nous apparaissait dans son évidence. Mais le sentiment qui nous dominait était bien celui de la certitude. D’une certitude presque orgueilleuse. »

et voici le recueil des nouvelles écrites par le groupe de l’été 2015 lors d’un cours par Blaise Hofmann