ATELIER D’ÉCRITURE * écrire sa vie, inventer le monde *

du  12  au  17  juillet  2020

Prof. Pierre Fankhauser, écrivain, traducteur, animateur d’ateliers

Écrire sur soi, c’est écrire sur le monde, écrire sur le monde, c’est écrire sur soi. Quand j’invente une histoire, je parle de moi, quand j’écris ma vie, mon histoire sera en partie une invention qui comblera les vides et les déformations de ma mémoire. C’est autour de ces deux équations que va se déployer cette semaine d’atelier ouverte aux projets de nouvelles, de contes, de romans, mais aussi de récits de vie, qu’il s’agisse de biographies ou d’autobiographies.

Comment articuler ce que j’ai vécu et ce que j’imagine ? Comment importer des éléments de ma vie dans la fiction ? Quelles transformations vont-ils subir ? Quelle place faire aux autres dans mon texte ? Comment écrire autour de mes proches ? Comment les intégrer dans mon projet d’écriture ? Comment inventer à partir de celle ou de celui que je suis ? Comment construire quelqu’un ou quelque chose qui, en apparence, ne me ressemble pas ?

Durant cette semaine, des plages d’écriture vont alterner avec des périodes de partage au sujet des textes rédigés : les thématiques et les questions évoquées par le récit d’un des participants seront utilisées à tour de rôle pour nourrir la réflexion au sujet des textes nés en parallèle. Dans un second temps, des documents permettront de creuser certains des aspects évoqués lors des discussions autour des textes nés au bord de la Saône et viendront compléter l’apport théorique.

Né à Lausanne en 1975, Pierre Fankhauser a suivi des études de lettres et de sciences sociales à l’UNIL. Il a ensuite travaillé en tant que journaliste culturel à L’Hebdo et comme professeur de littérature française au gymnase. Parti vivre quelques années en Argentine, il s’y consacre à l’écriture et à la traduction de romans tout en se formant à l’écriture de scénarios à l’Université de Buenos Aires. C’est à son retour en Suisse que Pierre Fankhauser publie son premier roman, Sirius (BSN Press, 2014). En 2018, son recueil poétique La Visée a reçu le prix de l’Association Tirage limité. En 2019 paraissent coup sur coup trois ouvrages chez BSN Press: Ruptures, sa deuxième traduction de l’auteur argentin Ariel Bermani, Abécédaire, sa traduction d’un recueil du poète chilien Pablo Jofré et Bergstamm, son deuxième roman autour de l’écrivain Jacques Chessex. Dans le cadre de l’association Tulalu !?, il organise des rencontres littéraires mensuelles en parallèle des enseignements qu’il prodigue à l’Institut littéraire suisse.

Son site : www.avraidire.ch sur lequel vous trouvez les photos et textes des lectures du dernier soir de ce stage 2019

Le récit de la semaine d’écriture d’une stagiaire de 2018 est à lire sur https://déjeunersouslapluie.com

     

Quelques écrivains et non des moindres, se sont laissés inspirer par ces environs. Un de ces textes est d’Antoine de Saint-Exupéry. Extrait de Lettre à un otage chap. 3.

« C’était par une journée d’avant-guerre, sur les bords de la Saône, du côté de Tournus. Nous avions choisi, pour déjeuner, un restaurant dont le balcon de planches surplombait la rivière. Accoudés à une table toute simple, gravée au couteau par les clients, nous avions commandé deux Pernod. Ton médecin t’interdisait l’alcool, mais tu trichais dans les grandes occasions. C’en était une. Nous ne savions pourquoi, mais c’en était une. Ce qui nous réjouissait était plus impalpable que la qualité de la lumière. Tu avais donc décidé ce Pernod des grandes occasions. Et, comme deux mariniers, à quelques pas de nous, déchargeaient un chaland, nous avons invité les mariniers. Nous les avons hélés du haut du balcon. Et ils sont venus. Ils sont venus tout simplement. Nous avions trouvé si naturel d’inviter des copains, à cause peut-être de cette invisible fête en nous. Il était tellement évident qu’ils répondraient au signe. Nous avons donc trinqué !

Le soleil était bon. Son miel tiède baignait les peupliers de l’autre berge, et la plaine jusqu’à l’horizon. Nous étions de plus en plus gais, toujours sans connaître pourquoi. Le soleil rassurait de bien éclairer, le fleuve de couler, le repas d’être repas, les mariniers d’avoir répondu à l’appel, la servante de nous servir avec une sorte de gentillesse heureuse, comme si elle eût présidé une fête éternelle. Nous étions pleinement en paix, bien insérés à l’abri du désordre dans une civilisation définitive. Nous goûtions une sorte d’état parfait où, tous les souhaits étant exaucés, nous n’avions plus rien à nous confier. Nous nous sentions purs, droits, lumineux et indulgents. Nous n’eussions pas su dire quelle vérité nous apparaissait dans son évidence. Mais le sentiment qui nous dominait était bien celui de la certitude. D’une certitude presque orgueilleuse. »

et voici le recueil des nouvelles écrites par le groupe de l’été 2015 lors d’un cours par Blaise Hofmann